André Compte-Sponville a publié un petit opuscule intitulé « le bonheur, désespérément », texte d’une conférence débat qu’il a prononcé en 1999. Le philosophe français s’interroge sur les raisons pour lesquelles nous sommes si peu ou si difficilement heureux.

Le bonheur, une contradiction logique

Tout homme désire être heureux, or ce désir peut être définit comme un manque. Si on comble ce désir, il cesse donc d’exister en tant que désir, et on se désintéresse de ce qu’on vient d’obtenir. Ce qu’on désirait pour faire notre bonheur, nous déçoit, et nous nous ennuyons du bonheur à peine atteint. Le risque est donc d’assimiler désir comme manque et espérance. Espérer, selon Compte-Sponville, revient à désirer sans savoir, pouvoir, ni jouir. Il faudrait donc écarter dans notre désir de bonheur ce qui relève de l’espérance, car tout désir n’est pas espérance. Comme disait Pascal :  » Ainsi, nous ne vivons jamais, nous espérons vivre ; et, nous disposant toujours à être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais  » ( Pascal – Pensées).

Le bonheur en acte

Selon Compte-Sponville, pour être heureux on peut désirer ce qu’on a, mais pour cela il faut ramener le bonheur du côté de la joie et du plaisir. La sagesse consiste à vivre pour de bon, avec les plaisirs et les joies du présent, en ne désirant que ce que l’on a au moment présent.  » Il y a plaisir, il y a joie quand on désire ce qu’on a, ce qu’on fait, ce qui est. C’est ce que j’appelle le bonheur en acte. En un certain sens, c’est un bonheur désespéré car c’est un bonheur qui n’espère rien « . » Le contraire d’espérer, c’est savoir, pouvoir et jouir ; c’est le bonheur en acte « .

 Qu’est-ce que le bonheur pour vous André Compte Sponville ?

« Pour moi, qui suis père de famille, mon bonheur est celui d’abord de mes enfants, même grands, même adultes. Que je les sache malheureux, et tout bonheur pour moi est impossible. Que je les sache heureux et tout le reste devient léger. C’est par quoi je ne suis pas un sage : mon bonheur dépend de ce qui ne dépend pas de moi. C’est ce que me reprocherait un stoïcien, mais que je ne me reproche pas. Sage, je n’ai jamais prétendu l’être, ni n’ambitionne de le devenir. L’amour m’importe davantage que la sagesse. Et ceux que j’aime – mes enfants, ma compagne – davantage que le bonheur. » (André Comte-Sponville)

Sources: http://bernard-romain.over-blog.com http://www.e-litterature.net/