Il existe de nombreux indicateurs pour nous informer sur la qualité de vie des personnes et, subséquemment, sur la qualité des politiques publiques. Il est également possible de créer beaucoup de nouveaux indicateurs. Ainsi, avec seulement 10 indicateurs simples, il est mathématiquement possible de créer plus d’un millier d’indicateurs composites.

Alors comment trouver le meilleur indicateur à mettre au centre des politiques publiques ?

Dans notre article scientifique présentant l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable, Issaka Dialga, Coralie Vennin et moi-même, Renaud Gaucher, expliquons que le meilleur indicateur pour les politiques publiques répond à une question simple : qu’est-ce qui est réellement important pour moi pour ma vie ? Dit autrement, il est centré sur des buts ultimes plutôt que sur des moyens ou des objectifs secondaires.

Nous avons construit un indicateur à partir de notre propre réponse et nous espérons que cette réponse rencontre les aspirations du plus grand nombre. Notre réponse est que ce qui est important pour nous-mêmes dans notre vie est de vivre une vie heureuse, longue et soutenable, c’est-à-dire une vie qui permet aux générations suivantes de vivre une vie aussi heureuse et longue que la nôtre. Nous avons construit un indicateur qui est en accord avec cette réponse et nous l’avons appelé l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable. Voici les 3 dimensions de l’indicateur.

Bonheur. Nous définissons le bonheur comme le fait d’aimer la vie que l’on mène. Plus une personne aime la vie qu’elle mène, plus elle est heureuse. Cette définition est pertinente, car la plupart d’entre nous souhaitent aimer la vie qu’ils mènent. C’est aussi une définition qui respecte la liberté de chacun en n’imposant pas une image de ce que doit être une vie heureuse.

L’utilitarisme négatif est le fait de considérer qu’il y a un appel moral à réduire prioritairement la souffrance plutôt qu’à augmenter le bonheur de personnes déjà heureuses. Comme nous sommes utilitaristes négatifs, plus une personne est malheureuse/moins elle est heureuse et plus sa réponse a de poids dans le calcul de l’indicateur.

Durée de vie. La durée de vie est mesurée par les années potentielles de vie perdues. Les années potentielles de vie perdues sont un indicateur peu connu, mais qui a la caractéristique de donner un surpoids aux morts précoces. Dans cet indicateur, il y a un âge de référence, 70 ans pour l’OCDE. Si une personne meurt à 65 ans, alors il y a 5 années potentielles de vie perdues. Si une personne meurt à 20 ans, alors il y a 50 années potentielles de vie perdues. Cet indicateur oriente les politiques publiques vers la réduction du nombre de morts précoces plutôt que vers l’augmentation de la durée de vie des personnes âgées.

Soutenabilité. La soutenabilité est mesurée par le ratio biocapacité d’un pays sur empreinte écologique de ce pays. Si le ratio est inférieur à 1, alors l’empreinte écologique est supérieure à la biocapacité du pays, le pays consomme annuellement plus de ressources que ce que la nature produit chaque année.

Que pensez-vous de l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable ? Auriez-vous répondu la même chose à la question de savoir ce qui est important pour vous dans votre vie ? Ou auriez-vous mis d’autres buts ultimes en valeur ?

N.B. Comme l’indicateur de vie heureuse, longue et soutenable a fait l’objet de l’écriture d’un article scientifique (en cours de soumission), son élaboration a suivi les étapes de la construction d’un indicateur composite : normalisation, agrégation, robustesse. La normalisation des données permet de mettre sous une même échelle des données différentes. L’agrégation des données permet de rassembler différents indicateurs simples en un indicateur composite. L’étude de la robustesse permet de savoir si les résultats de l’indicateur varient peu d’une méthode de construction à une autre.

Renaud Gaucher (renaudgaucher@gmail.com)