Au cours du XXème siècle, la psychologie et la psychiatrie ont beaucoup travaillé sur la compréhension et le traitement des troubles psychologiques et les maladies mentales. Aujourd’hui, la science a évolué, et les sciences cognitives ainsi que la psychologie positive connaissent un essor considérable. La société ne souhaite plus être simplement guérie de ses maux, elle souhaite connaître ce qu’est le sentiment de bonheur.

« Le paralysé que tous (pré)disaient malheureux soutient le moral de qui le côtoie, cependant que l’élite intellectuelle, promise à une somptueuse carrière, sombre dans un mal-être sans mesure. Pourtant « il a tout pour être heureux ». L’énoncé confine à l’ineptie. Le bonheur se confectionnerait-il comme une brioche ? Une pincée de santé, deux cuillerées de… » – Alexandre Jollien

Existe-t-il une recette du bonheur ?

« Nait-on avec des prédispositions variables au bonheur et au malheur ? Comment les conditions extérieures interagissent avec l’expérience intérieure ? » Des questions qui ont suscités bon nombre de recherches ; soixante-dix pays auraient étudié des centaines de milliers de sujets par rapport au bonheur.

Ruut Veen-hoven a recensé et comparé 2745 publications scientifiques sur le bonheur. Trois conclusions principales se sont dégagés de ces travaux.

  1. Nous avons une prédisposition génétique au bonheur ou malheur : environ 50% de la tendance du bonheur est attribué aux gènes.

De nombreux débats ont eu lieu dans le milieu scientifique pour savoir si l’héritage génétique primait sur les facteurs psychologiques, liés notamment à la petite enfance, à l’éducation ou encore à l’environnement. Pour y répondre, des études ont été menées. Une a consisté à étudier des vrais jumeaux séparés à la naissance. Ils ont la même ADN mais sont élevés dans des conditions différentes. Les travaux ont révélé qu’en ce qui concerne la colère, la dépression, l’intelligence, la satisfaction de vie ou encore l’alcoolisme, les névroses et autres, les vrais jumeaux qui ont été élevés séparément avaient plus de traits psychologiques communs que des faux jumeaux qui avaient été élevés ensemble. De même, les enfants adoptés ressemblent plus à leurs parents biologiques qu’à leurs parents adoptifs. Pour Martin Seligman, président de l’association américaine de psychologie, ces études font « voler en éclats le point de vue étroit du behaviorisme », qui dit que psychologie correspond au comportement extérieur des individus et non à leur intériorité (pensées, sentiments).

A noter que d’autres chercheurs jugent que le pourcentage de 50% seraient un chiffre bien trop élevé car d’autres facteurs entrent en compte. Selon Richard Davidson, la plupart des jumeaux étudiés ont été adoptés par des familles aisées et entourées d’amour. Pour lui les résultats différeraient si un jumeau avait vécu entouré d’amour et l’autre vivait dans les bidonvilles.

  1. Les conditions extérieures et autres facteurs généraux (statut social, éducation, loisirs, richesse, sexe, âge, ethnie, … ) ne concerne que 10 à 15% de notre tendance au bonheur.

Des études statistiques ont été mené concernant le bonheur défini comme « qualité de vie ». Les individus devaient répondre à des questions telles que « Êtes-vous heureux, moyennement heureux, etc ? » puis devaient donner des renseignements sur leur statut social, leur revenu, leur santé, etc. Les résultats ont montré qu’une proportion plus importante d’individus se sentent heureux dans des pays économiquement riches. A noter que dans ces pays, au-dessus d’un certain seuil de richesse, le bonheur cesse de s’accroître.

Au sein de ces statistiques, se retrouve aussi le phénomène des « pauvres heureux », c’est-à-dire des personnes économiquement « pauvres » dans qui sont plus heureux et en joie que des personnes économiquement « riches » et qui sont stressés.

  1. NOUS avons la possibilité d’influencer considérablement notre bonheur en fonction de notre façon d’être et de nos pensées, cela par la manière dont on perçoit les évènements !

40% de notre bonheur serait sous notre contrôle. Pour tendre vers le bonheur, différentes techniques existent comme l’expression de la gratitude, l’identification de ses points forts, l’alimentation saine, la pratique d’un sport, ou encore la méditation. Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres, qui pourront vous aider à améliorer votre quotidien.

Source : Chapitre 20 – Plaidoyer pour le bonheur, Matthieu Ricard