Couple : ils s’aiment en faisant toit à part

On les appelle les célicouples ou encore les LAT (Living Apart Together), ces couples s’aiment, mais ne vivent pas sous le même toit. Pour certains, cette configuration peut se poursuivre plusieurs années. Les amoureux non cohabitants préfèrent se voir tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre et pas nécessairement tous les jours. Mais peut-on vraiment entretenir une relation amoureuse sans habiter ensemble ? Est-ce une solution pour échapper à la routine ? Cette nouvelle façon d’aimer favorise-t-elle l’amour durable ? Réponses !

Les avantages de la vie de couple chacun chez soi

La relation non cohabitante suscite le désir

Vivre chacun chez soi est souvent adopté dans un désir de garder son rythme de vie, son indépendance, par peur de ne pas s’entendre et de devoir faire des concessions. Cela permet surtout aux amants de raviver la flamme, d’attiser la curiosité et de passer des moments choisis, complètement disponibles pour l’autre.

« La non-cohabitation évite que la familiarité nuise à la relation amoureuse et sexuelle », Ghislaine Paris, sexologue.

L’absence et le manque favorisent l’imaginaire et nourrissent le désir. Par exemple, le simple fait de se demander quand et où se retrouver suffit à créer une dynamique érotique. L’idée de vivre alternativement avec et sans l’autre semble être un bon moyen de se donner envie de passer du temps ensemble.

Un mode de vie intéressant pour les familles recomposées

Pour les couples qui ont des enfants d’une précédente union, la cohabitation peut être difficile. C’est pourquoi certains font le choix de vivre leur histoire éloignés l’un de l’autre pour ne pas interférer dans l’éducation ou l’équilibre des enfants. 

Dans ce cas précis, le chacun chez soi permet aussi de ne pas se sentir trop tiraillé entre son rôle de parent et sa vie d’amant. Il s’agit de distinguer le projet conjugal du projet familial. La relation est alors dépourvue des contraintes domestiques et matérielles. La distance protège des agacements quotidiens qui finissent par user bien des couples.

L’amour pas sous le même toit pour garder son indépendance

Le sociologue Serge Chaumier, auteur de L’Amour fissionnel, le nouvel art d’aimer, décrit le Living Apart Together (terme anglophone pour désigner ce type de relation) comme une opportunité de s’affirmer sans l’autre. En effet, ce mode de vie, en cohérence avec l’époque, répond notamment aux valeurs individualistes. 

« Une vie de couple se déroule d’autant mieux que chacun des conjoints a la possibilité d’avoir son propre espace psychique. Habiter des lieux différents peut justement permettre de mieux préserver celui-ci », Sophie Cadalen, psychanalyste.

Il y a aujourd’hui une remise en question du modèle fusionnel des années 1960, où tout devait être partagé. Le couple n’est plus vu comme contraintes, renoncements ou devoirs. Au contraire, l’ère de la réalisation de soi est plus que jamais d’actualité. 

La non-cohabitation pour des millions de Français

Une tendance majoritairement non choisie

En 2019, selon une étude dirigée par Arnaud Régnier-Loilier pour l’Institut national d’études démographiques (Ined), près de quatre millions de Français, âgés de 25 à 65 ans, s’aiment sans vivre sous le même toit. 

Parmi eux, 62 % des couples non cohabitants affirment que ce sont les circonstances (essentiellement professionnelles) qui les contraignent à vivre séparément. 20 % ont pris la décision, ensemble, d’adopter ce mode de vie. Et pour les 16 % restants, il s’agit de la volonté d’un des deux partenaires. 

Une pré-étape chez les plus jeunes

Chez les moins de 30 ans, habiter séparément est courant au début d’une relation. La non-cohabitation est vue comme une étape du processus de mise en couple plutôt qu’une forme d’union à part entière. Un certain nombre de critères permettent d’envisager une vie commune :

  • la stabilité de la relation ;
  • la fin des études ;
  • un emploi fixe ;
  • etc. 

Selon les résultats de l’enquête, la plupart d’entre eux ont pour projet de s’installer avec leur partenaire. Ils sont 68 % à prévoir de vivre ensemble d’ici deux ans, 12 % remettent ce projet à plus tard et 13 % ne savent pas encore. Seulement 7 % n’ont pas l’intention de sauter le pas.

Un phénomène plus répandu chez les séniors

Même si la non-cohabitation est plus rare passé la trentaine, elle connaît un léger regain entre 45 et 55 ans. Cette période correspondrait à l’engagement dans une nouvelle relation après une séparation ou un divorce. 

Alors que 55 % des 31 – 40 ans ont la volonté d’habiter dans le même foyer dans les deux prochaines années, seuls 22 % des séniors (51 – 65 ans) aspirent au concubinage. À ces âges-là, les non cohabitants ont déjà fait l’expérience de la vie de couple et ne souhaitent plus nécessairement partager leur quotidien avec un partenaire. 

Après 30 ans, l’idée de la non-cohabitation est perçue différemment chez les plus jeunes. En effet, la relation entre adultes d’un certain âge s’inscrit davantage dans la durée et la part de personnes ayant l’intention de vivre ensemble tend à diminuer avec l’âge. 

Il n’y a pas une seule bonne manière de faire l’expérience de l’amour. Toutefois, pour le docteur Robert Neuburger, le plus important, c’est le temps que l’on passe ensemble et sa qualité :

« Beaucoup vivent ensemble, mais ne consacrent pas réellement de temps à leur histoire. Ils la délaissent et elle finit par partir à vau-l’eau ». 

Sous le même toit ou chacun chez soi : pour être heureux dans son couple, ce qui compte le plus c’est de prendre soin de sa relation en entretenant la flamme !

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Sources

RÉGNIER-LOILIER, Arnaud. Être en couple chacun chez soi, une situation plus fréquente après une séparation. Cairn [en ligne]. Disponible sur : https://www.cairn.info/revue-population-et-societes-2019-5-page-1.htm (12/05/22).

LE MAROIS, Marie. En couple… chacun chez soi. Psychologies [en ligne]. Disponible sur : https://www.psychologies.com/Couple/Vie-de-couple/Au-quotidien/Articles-et-Dossiers/En-couple-chacun-chez-soi (12/05/22).