Martin Steffens est professeur agrégé de philosophie, enseignant dans les classes préparatoires au lycée Georges de la Tour à Metz. Il a notamment co-écrit avec Christophe André « Qui nous fera voir le bonheur ? ». La mission qu’il porte en son cœur est d’installer chaque élève dans la certitude que le monde est digne d’être aimé, connu et pensé. Quelle leçon sur le bonheur le professeur nous enseigne-t-il ?

Le bonheur est-il un rêve ?

Victor Hugo disait : « Rêver, c’est le bonheur ; attendre, c’est la vie. ». Quand on considère le bonheur comme finalité de l’existence humaine, le bonheur apparait nécessairement comme un rêve qui va diriger l’homme dans sa vie. Il s’agit donc de tendre vers le bonheur plus que d’y accéder, le bonheur est au-delà du présent. Mais peut-être qu’il est un rêve nécessaire à sa réalisation pratique. Finalement ne sommes-nous pas plus heureux du chemin que de la fin, alors même que c’est la perspective de la fin qui nous a conduits sur ce chemin ? Le bonheur est perçu par certains d’une manière amère comme une illusion, un masque, une façade, pour d’autres au contraire, il s’agit d’un idéal régulateur pour se réaliser, et qui se laisse caresser quand le moyen porte un peu de la saveur de la fin.

 

Pour Martin Steffens, le bonheur est terre à terre

Lorsqu’on se demande si on est heureux, l’esprit va très vite commencer à raisonner en se disant : je suis heureux parce que je suis…. Ou alors je serais heureux si j’étais… On décline alors spontanément sa vie au conditionnel et on perd le fil du présent. Comme le disait Blaise Pascal : « l’Homme ne vit pas, il espère de vivre et se disposant toujours à être heureux il est inévitable que nous ne le soyons jamais ». On perd ainsi notre joie de vivre à essayer d’atteindre le bonheur. D’ailleurs il vous est peut-être arrivé d’avoir tout pour être heureux, et pourtant le bonheur semblait encore vous échapper. Le bonheur doit-il donc rester un rêve ? Pour Martin Steffens « le bonheur a l’audace d’être le plus terre à terre possible.

Un rêve c’est éthéré, c’est tiède. Tandis que le bonheur c’est une lucidité qui n’est pas triste et ose dire oui à la vie y compris dans ses difficultés et ses âpretés. ». Les moments les plus difficiles nous invitent à puiser de la force en nous, à tirer des leçons, à se rapprocher de ceux qu’on aime. Il faut savoir goûter la vie dans sa plus grande simplicité. « Chacun est mis au monde avant d’avoir pu choisir ou décider quoi que ce soit. On reçoit la vie sans l’avoir demandée. ». Et face aux évènements douloureux de la vie, certains renoncent au bonheur comme but. Mais quelque part en cessant d’espérer, ils ouvrent un espace et des possibilités à l’inespéré d’arriver.

Sortant de la salle d’attente du bonheur où l’on croit que celui-ci est un dû, ils permettent au bonheur de devenir un don qui fait la faveur de s’offrir à nous. Martin Steffens lui, propose dans son « Petit traité de la joie »  de consentir à la vie au lieu de la subir. Consentir c’est ouvrir les bras, renoncer c’est les baisser. « L’espérance c’est savoir accueillir ce qui est donné ici et maintenant. L’espérance c’est savoir lire au cœur de ce que je vis ce qui m’est donné de force, de joie. »

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