Et si le plus grand samouraï du monde avait livré 20 préceptes pour une vie plus épanouie ?

Figure emblématique du Japon, Miyamoto Musashi est entré dans l’histoire du pays (et du monde des arts martiaux) en devenant le plus célèbre sabreur jamais connu. Peu de temps avant sa mort en 1645, il rédige un court ouvrage sur l’autodiscipline et la persévérance. Son nom ? Le Dokkōdō, qui se traduit par le chemin de la solitude. Il y liste 20 leçons tirées de sa propre expérience de guerrier. En quoi consistent-elles ? Comment les mettre en pratique dans la société actuelle ? Réponses…

Règle n°1 : apprendre à accepter les choses telles qu’elles sont

Nous sommes dans l’incapacité de tout contrôler. Peines, douleurs et épreuves font partie de l’expérience humaine. Toutefois, pour trouver un certain apaisement intérieur et prendre du recul sur les événements, l’acceptation est la clé. Par elle, on retrouve son pouvoir et sa liberté d’agir. Accepter c’est aller de l’avant. 

« Peu importe ce que le moment présent comporte, acceptez-le comme si vous l’aviez choisi… Cela transformera miraculeusement toute votre vie », Eckhart Tolle.

Règle n°2 : renoncer à la quête perpétuelle du plaisir

La société de l’hyperconsommation pousse à chercher la satisfaction immédiate et à s’adonner à toutes sortes de plaisirs momentanés. Le point de vue des samouraïs est tout autre dans le code éthique du bushidō (la voie du guerrier).

En effet, l’autodiscipline, qui est au cœur des principes moraux qu’un guerrier japonais est tenu de respecter, exige de suivre ce qui a du sens et est utile pour se réaliser au détriment du plaisir recherché. Musashi encourage à vivre dans l’instant présent et à jouir du plaisir quand il nous vient naturellement, sans vouloir l’obtenir coûte que coûte.

Règle n°3 : ne jamais agir sous le coup de l’impulsivité

L’impulsivité ponctuelle et modérée est sans conséquence. Elle peut mener à des prises de décisions rapides (sans procrastination) empreintes d’intuition, de créativité et d’ambition. En revanche, agir en permanence sous le coup des émotions, sans réfléchir et en éprouvant, par la suite, des regrets peut nous rendre malheureux et altérer nos relations avec autrui. 

Face aux doutes, à la colère ou encore aux angoisses, mieux vaut faire silence avant d’agir. Dans l’immobilité, le silence finit par parler. La pratique régulière de la méditation en pleine conscience peut aider à retrouver ce calme intérieur. En effet, de nombreuses études ont montré que méditer un peu tous les jours aide à une meilleure prise de décision.

Règle n°4 : ne pas être uniquement centré sur soi-même

Il s’agit ici d’un exercice d’humilité. Alors que la société dans laquelle nous vivons est plutôt tournée vers l’individualisme, calmer son égo serait une des clés pour atteindre l’épanouissement. C’est d’ailleurs un point que développent Alexandre Jollien, Matthieu Ricard et Christophe André dans le livre Trois amis en quête de sagesse. Ils conseillent notamment de : 

  • pratiquer la gratitude ;
  • incarner la bienveillance et l’amour dans ses actes et ses pensées ;
  • avoir un lien d’amitié avec soi-même ;
  • effacer les « je », « moi », « mien » qui poussent sur les pentes de l’égoïsme et du narcissisme ;
  • etc. 

Règle n°5 : abandonner ses désirs

On pourrait penser que la satisfaction d’un désir laisserait place au bonheur. Pourtant, le désir n’est-il pas un mélange de manque, d’insatisfaction et d’insatiabilités ? Pour tenter de se satisfaire de ce que l’on a déjà, on peut :

  • vivre simplement et sans artifices ;
  • s’initier au minimalisme ; 
  • remplacer la frustration par la gratitude ;
  • vivre davantage dans l’instant présent ;
  • être moins dur avec soi-même ;
  • etc.

Règle n°6 : ne pas avoir de regrets

Les regrets peuvent soit nous aider à agir, soit nous bloquer dans nos choix d’avenir. Quoi qu’il en soit, pour avancer, il faut parfois apprendre à faire le deuil d’une décision prise et transformer les déceptions en moteurs pour mieux vivre le présent. 

« Ceux qui ne savent pas tirer des leçons du passé sont condamnés à les reproduire », Bernard Werber.

Règle n°7 : ne pas être jaloux

La jalousie témoigne d’un manque de confiance en soi, mais pas seulement. Lorsque nous sommes jaloux, nous nous concentrons sur ce qui manque dans notre vie tout en entravant notre chemin vers la sérénité. 

Musashi nous inviterait donc à remplacer ce sentiment par la reconnaissance pour ce que l’on a déjà et par l’acceptation de ses forces et ses faiblesses.

Règle n°8 : ne pas être attristé par une séparation

Tout événement, toute relation (amicale, amoureuse, familiale…), a un début et une fin. D’ailleurs, la vie elle-même répond à cette affirmation. Mais quand on vit dans la douleur d’une séparation, telle qu’elle soit, on reste ancré dans le passé. On s’empêche alors d’avancer sereinement.

Maintenir sa conscience dans le moment présent permet non seulement d’établir des priorités, mais aussi d’observer et d’apprécier pleinement ce qui se passe ici et maintenant.

« Tout ce qui a un début a une fin et chaque fin est le début d’un nouveau départ », Serge Zeller. 

Règle n°9 : ne pas laisser de place à la rancœur et aux plaintes

La rancœur est un souvenir tenace, plein d’amertume et de tristesse gardées suite à une désillusion ou une injustice. Elle prend de l’énergie et rend moins serein. En outre, cette surcharge émotionnelle éprouvante a des répercussions sur la santé : sommeil perturbé, nervosité, maux de tête ou même dépression… 

Pour s’affranchir de ce sentiment, Christophe André recommande de ne pas garder cette sensation en soi et, idéalement, de réussir à pardonner.

Se plaindre ne procure rien de bon non plus. Dans une étude menée par le psychiatre américain, Steven Parton, et publiée dans la revue scientifique Psychedia, il est montré que râler libère du cortisol (l’hormone du stress). Ce qui nous rend plus vulnérables : défaillance du système immunitaire, augmentation des risques cardiovasculaires, de diabète ou d’obésité. Alors, au nom de notre santé : modifions nos schémas de pensées !

Règle n°10 : ne pas s’abandonner à la luxure

Aujourd’hui, nous pouvons constater à quel point la société est tournée vers la luxure, qui découlerait davantage de l’égocentrisme que d’un élan spontané pour servir l’autre. De plus, les pensées lubriques entraveraient notre quête du bonheur. À la place, construisons des relations basées sur la stabilité et la durabilité.

Règle n°11 : ne pas avoir de préférences

Avoir l’esprit ouvert c’est être prêt à tout essayer et ne rien désirer. Quand nous agissons toujours de la même façon, nous n’expérimentons jamais rien de nouveau. L’important c’est finalement de garder ses options ouvertes pour permettre aux belles opportunités de venir à soi.

Règle n°12 : être indifférent à l’endroit où l’on vit

Si l’endroit où l’on réside ne rend pas heureux, il est peut-être temps de penser à déménager. Toutefois, on réalisera bien assez tôt que ce n’est pas tant l’endroit où l’on est qui ne nous satisfait pas, mais probablement la façon dont nous vivons.

Règle n°13 : ne pas manger par gourmandise

Il y a une différence entre manger pour nourrir son corps et pour satisfaire ses sens. À Okinawa, l’une des zones bleues où la longévité bat des records, il existe le dicton hara hachi bu qui consiste à s’arrêter de manger à 80 % de satiété. Dans la médecine traditionnelle ayurvédique indienne, la nourriture est même considérée comme un médicament à part entière. Faisons donc de notre alimentation notre meilleur médicament.

« Que ton aliment soit ta première médecine », Hippocrate.

Règle n°14 : se détacher de ce dont on n’a plus besoin 

La société dans laquelle nous vivons nous fait croire, à tort, que plus nous possédons, plus nous accédons au bonheur. Dans cette boulimie consommatrice, on accumule alors tout un tas d’objets superflus qui, en réalité, finissent par nous posséder. 

À la façon de Pierre Rabhi, initions-nous à la modération comme source de joie. Une sobriété heureuse en désemplissant notre vie, en privilégiant la qualité à la quantité, en étant reconnaissant pour ce qu’on a déjà… Triez, donnez ou vendez !

« Soyez modéré afin de goûter les joies de la vie en abondance », Épicure.

Règle n°15 : ne pas laisser les croyances guider ses actes

Soyons seuls détenteurs de nos pensées et de nos opinions. Ne nous contentons pas de suivre celles des autres. À la place, vérifions, recherchons, confrontons, faisons l’expérience. Gardons en tête l’objectif de faire ce qui nous paraît le plus juste et en accord avec nous-mêmes, au lieu d’agir de la façon dont les autres aimeraient que nous agissions. 

« Pour être quelque chose, pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle : il faut être toujours décidé sur le parti qu’on doit prendre, le prendre hautement et le suivre toujours », Jean-Jacques Rousseau.

Règle n°16 : utiliser les armes que si cela est nécessaire

Ce précepte sous-entend qu’avoir recours aux armes n’est possible qu’en cas d’extrême urgence et pour des raisons de sécurité. Si ce n’est pas pour se défendre, nous ne devrions pas avoir à manier ce genre d’outils dans notre vie.

Règle n°17 : ne pas avoir peur de mourir

On peut facilement imaginer Musashi mettre sa vie en jeu à chacun de ses combats afin de progresser dans la voie du sabre. La possibilité de mourir à tout moment ne faisant que rendre les expériences et les leçons plus significatives. 

La vie est un voyage, pas une destination. Alors, plutôt que de craindre la mort, vivons pleinement ! Rappelons-nous du caractère éphémère qui la caractérise. Cela crée non seulement un sentiment d’urgence, mais aussi de présence et d’ambition.

Règle n°18 : ne pas chercher à posséder des biens 

À quoi serviront les biens que nous aurons cumulés lorsque nous ne serons plus de ce monde ? Voilà pourquoi il est si important de revenir au moment présent en collectionnant davantage les expériences, les bons moments et les souvenirs plutôt que les possessions. Profitons de la vie ici et maintenant !

Règle n°19 : respecter les dieux sans compter sur leur aide

Il ne faut rien attendre de personne, pas même des dieux. Nous sommes les seuls à avoir un pouvoir direct sur une situation qui nous est inconfortable. Le culte voué aux divinités ne devrait pas empêcher de croire en soi et en ses capacités à réussir.

« Je suis le maître de mon destin. Je suis le capitaine de mon âme », William Ernest Henley.

Règle n°20 : préserver son honneur

Dans le code éthique des samouraïs, le bushidō, une vie sans honneur n’est pas une vie. Et pour les guerriers japonais, la seule façon d’être fidèle à soi-même est de suivre ses propres valeurs, ses principes et d’avoir une vie aussi digne que possible, dans le respect de soi et des autres.

« Je veux que les gens soient sincères ; un homme d’honneur ne doit pas dire un seul mot qui ne vient pas directement de son cœur », Molière.

 

 

 

 

Alors, quels préceptes de vie vous ont le plus inspiré ?

Sources :

UOZUMI, Takashi. Le maître du sabre Miyamoto Musashi : l’homme qui se cache derrière le « Livre des cinq anneaux ». nippon.com [en ligne]. Disponible sur : https://www.nippon.com/fr/japan-topics/g00689/ (29/05/22).

Miyamoto Musashi’s Dokkōdō: A Ronin’s 21 Laws of Life. owlcation [en ligne]. Disponible sur : https://owlcation.com/humanities/Dokkodo#:~:text=Be%20Detached%20From%20Desire%20Your%20Whole%20Lifelong.&text=Live%20your%20life%20to%20be,you%20can%20make%20your%20own (29/05/22).


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